ORBOC, a good source of protein !

ORBOC, un cabinet de curiosité qui montre de tout et de rien (surtout de rien) mais qui est drôle et aussi intéressant (si, si!)... Une bonne source de drôlerie et de culture confiture!

27 avril 2008

Le téléphone

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" La sonnerie stridente, obsédante, obstinée, a retenti. Vous étiez tranquille chez vous. Mais c’en est fait. Quelqu’un est là, à l’autre bout du fil.
Quelle que soit votre occupation, l’appel téléphonique entre chez vous comme un vainqueur et vous asservit sans scrupule.
Dormiez-vous encore ? Il vous réveille. Etiez-vous dans un bain ? Il vous oblige à en sortir tout ruisselant. Vous rasiez-vous ? Il vous contraint à appliquer la rondelle d’ébonite sur votre oreille, contre la mousse blanche du savon qui va sécher en vous abîmant la peau.
L’importun, avec un sourire qu’on devine, prononce : « Excusez-moi. Je vous téléphone de bonne heure pour être sûr de ne pas vous manquer. »
En vérité, la belle excuse !
Aviez-vous engagé une conversation profitable avec un visiteur ? Il vous faudra courir pour obtenir que s’arrête la térébrante sonnerie.
Déjeuniez-vous ? Peu importe à l’interlocuteur lointain que votre sauce se fige sur votre assiette. Digériez-vous paisiblement en fumant un bon cigare ? Il vous faudra bondir du fond du fauteuil.
Vous êtes en conversation avec un homme d’affaires, l’entretien est grave, vos intérêts en dépendent. Tout à coup, il vous faut aller au récepteur, répondre – avec une courtoisie qui trépigne – que l’on ne vous dérange en rien, et écouter, tout ne pianotant d’impatience, les différents propos d’une dame en quête d’entretien banal.
Vous admiriez un morceau de musique transmis par la T.S.F. Patatras ! L’exécution continue tandis que vous êtes forcé de vous exécuter vous-même, loin de la mélodie favorite.
Vous examiniez des comptes. Vous faites une addition importante, aux colonnes prolongées. Soudain, le valet de chambre vous informe que l’on vous demande au téléphone. Il faut aller au poste, appliquer contre votre joue le récepteur tiédi par la main qui l’a touché. Après un long stage, une voix paresseuse vous dit ces mots : « Eh bien, cher ami, quoi de neuf ? » Vous comprendrez alors quelle est la véritable utilité du téléphone, qui est de mettre une distance préservatrice entre quelqu’un qu’on dérange et le gêneur ou la gêneuse qu’il serait si doux d’étrangler.
L’heure ne vous préservera point. Vous êtes-vous mis au lit de bonne heure pour un repos exceptionnel ? La sonnette sera votre réveille-matin déréglé. Vous livrez-vous à des plaisirs que j’aurais scrupule à qualifier, mais qui n’ont rien perdu de leur agrément depuis qu’il est des hommes et des femmes sur la surface de la terre ? Drin !.. drin !.. le téléphone agira comme cette potée d’eau que les prudes vieilles filles lancent, au printemps, par la fenêtre, vers les chiens qui symbolisent ingénument cette grande force de la Nature chantée par Lucrèce en termes inoubliables.

C’est pourquoi il est opportun, il est essentiel il est indispensable, de règlementer un peu, dans les traités de savoir-vivre, l’usage du téléphone.
A moins d’une convention préalable, à moins d’un rendez-vous verbal, à moins d’un cas d’urgence absolue, ne téléphonez jamais.
Songez d’abord à ce qu’il y a d’humiliant dans l’obligation que vous imposez à votre correspondant.
[…]
Ne vous servez pas du téléphone pour inviter à déjeuner ou à dîner. Etes-vous donc illettré ? Ne savez-vous donc pas écrire ?
[…]
Et surtout, ne commettez pas cette suprême insolence qui consiste à téléphoner pour remercier ou pour féliciter.
En cas d’urgence, en peu de mots, à l’américaine, usez de cette invention si chère aux Transatlantiques.
Obtenez un « impossible » ou un « oui », le plus promptement que vous pourrez. Et tenez-vous-en là, sans pénétrer chez les gens pour cambrioler avec effronterie les biens les plus précieux qui soient au monde : le silence et la paix. "

Posté par orboc à 10:10 - a MADame HORace De CARBuCcia - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 février 2008

LeS NéceSsitéS dE La NAtuRe

    "Pour les personnes dont l'organisme est réglé avec méthode se pose un problème assez délicat. Les architectes situent aujourd'hui dans le cabinet de toilette un siège où jaillit une cataracte. Cette définition me dispense d'en dire plus long.
  Quand on vit à deux, comment l'utiliser, ce siège?
    A coup sûr, il ne faut pas que, à ce moment-là, les époux soient exposés à constater leur régularité réciproque. Aussi ne saurait-on trop recommander de situer ce siège en un point où il soit dérobé aux regards, soit par une cloison, soit du moins un paravent.
    Mais ce n'est pas seulement la vue qui peut être révélatrice. Le bruit a sa part en cette satisfaction donnée aux besoins du corps.
    Au régiment, entre troupiers, ces chutes sonores, ces orages, ces gazouillis, servent de prétexte à des facéties ingénues et cordiales. Mais comme, entre époux, la décence et le respect réciproque sont de mise, mieux vaut trouver un moyen de détourner l'attention.
    Il en est deux, qui sont également recommandables.
    Voici le premier. Au moment de prendre vos dispositions pour rendre directement à la terre maternelle une partie des biens dont elle vous combla, détachez les feuilles de papier jugées convenables aux suites de l'opération, et froissez-les incessamment entre les mains. Il en résulte un petit bruit soyeux et continu avec lequel les autres se confondent.
    Le second moyen est plus raffiné. L'appareil qui permet d'y recourir est un distributeur à musique. Dès qu'on commence à en extraire une feuille de papier, il se met à jouer une mélodie cristalline, souvent délicieusement désuète : airs du Grand Mogol, des Cloches de Corneville, ou bien le Carnaval de Venise. Le rouleau est réglé de telle façon que cet air se prolonge aussi longtemps qu'il le faut pour mêler l'art à la nature. "

" ...L'appareil qui permet d'y recourir est un distributeur à musique..." c'est marrant, ça me rappel quelque chose...

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Ah bah oui ! voila ! :D

Posté par orboc à 11:54 - a MADame HORace De CARBuCcia - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 janvier 2008

BijOuX

" Ne portez jamais de diamants avant midi, Mesdames, même si vous ne devez pas rentrer chez vous pour changer de toilette.
    Mieux vaut manquer de parure dans la journée que d'en exhiber une qui soit excessive à l'heure où les gens de bon ton n'ont que des joyaux de métal.
    Portez, si cela vous plaît, des bijoux de fantaisie, mais abstenez-vous d'exhiber des bijoux faux. Rien de plus nigaud que d'avoir au cou, en descendant d'une cinq-chevaux, d'un taxi ou d'un wagon du Métropolitain, un rang de perles d'un demi-million, acquis pour cent francs, écrin compris.
    La mode des faux bijoux est un symbole de notre temps. A qui ces sottes qui s'en décorent espèrent elles faire illusion? Et si elles prétendent ne pas singer les milliardaires par un faste fictif et dérisoire, pourquoi porter des perles de maharadjah ou des diamants de tzarine? Il serait si simple d'avoir des bijoux de couleur, en pierres vraies assorties à la toilette : topaze, améthystes, ambre, cornaline, lapis, œil-de-chat, ou bien même en galalithe, en bois, en cristal, ou en toute autre substance...
    Une femme qui porte de faux bijoux m'est invinciblement suspecte ; elle feint assurément des admirations qu'elle est incapable d'éprouver. Ses compliments ne doivent pas être sincères. Et quand, en certaines circonstances, elle mêle à des cris inarticulés des invocations à sa mère, dans ces moments, si j'étais son amant ou son mari, je suspecterais la loyauté de ces marques de passion.
    Quant aux bijoux d'or massif que l'on rapportait de l'étranger, ou que l'on y exporterait, lors des voyages en avion, leur mode est proportionnelle aux cours du change.
    Ils sont d'autant plus appréciés par les personnes avisées que le sont les devises des pays desquels elles viennent ou qu'elles vont visiter. "

Posté par orboc à 19:02 - a MADame HORace De CARBuCcia - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 janvier 2008

CarTES Du NOUVel aN.

" En principe, l'usage mondain de ces carte-là est absurde. Exprimer des voeux? Ah! s'ils étaient sincères _ ou efficaces...
Par malheur, des cartes on en reçoit. Il faut y répondre. Le plus fâcheux, c'est que ces cartes-là ont été envoyées par d'anciens employés, des fonctionnaires modestes. Leur encre est grisâtre. Cela sent le petit budget, mais aussi la bonne volonté touchante, l'hommage d'un cœur simple et sensible. Ne pas répondre à ces braves gens, c'est les incliner à se considérer comme négligés. C'est les humilier. C'est leur causer peut-être du chagrin.
Et voilà comment les personnes de bon sens, qui ont renoncé à cette habitude d'autrefois, envoient, elles aussi, des cartes, des cartes...
Mais elles n'attaquent plus.
C'est un commencement.
"

Posté par orboc à 23:32 - a MADame HORace De CARBuCcia - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 décembre 2007

" caDEauX UtiLEs. "

" Les cadeaux utiles sont bien accueillis. Encore faut-il se garder qu'ils ne prennent une signification symbolique en raison de la phrase qui les accompagne.
Ne suivez pas l'exemple du monsieur qui adressait à un mari un rasoir mécanique de luxe, à l'épouse une bassionoire garnie de fleurs, et qui avait joint à ce double présent une carte sur laquelle étaient inscrits ces mots malheureux : "pour vous faire penser à moi."
Que vos cadeaux utiles n'aient pas l'air de leçons. Qu'ils ne semblent pas indiquer à vos amis les soins qu'ils omettent de pratiquer, ou les objets indispensables dont leur intérieur est dépourvu.
Les denrées, les vins, les articles de consommation, peuvent s'envoyer, même à des personnes qui ne sont pas intimes. Il suffit d'indiquer, dans la lettre accompagnant l'expédition, qu'on s'adresse à ces personnes parce qu'on connait leur aptitude à la dégustation, leur raffinement gastronomique. La malséance serait de paraitre soucieux de pourvoir à leur alimentation. C'est seulement de leur gourmandise qu'il s'agit.
"

Posté par orboc à 16:41 - a MADame HORace De CARBuCcia - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 décembre 2007

PoUr BALayer LEs vieuX USAgeS VOIci ...

En ce Dimanche de Décembre, voici l'inauguration d'une nouvelle rubrique. Elle sera alimentée par le contenu d'un seul livre, mais pas de moindre : LE NOUVEAU SAVOIR VIVRE de Paul Reboux dédicacé à Madame Horace De Carbuccia (qui nommera la rubrique). Ce livre publié dans en 1930 se présente ainsi dans sa préface :

" Les conditions de l'existence se sont profondément modifiées depuis un quart de siècle.
Néanmoins, les professeurs de civilité enseignent une doctrine qu'ils ont apprise eux-mêmes, sans souci de l'accommoder aux mœurs d'aujourd'hui.
Il importe d'adapter la bienséance à l'âge de l'auto, de l'avion, des cocktails, du téléphone et de la T.S.F.
Il importe de changer nos notions habituelles de savoir-vivre.
Je me suis donc appliqué, d'une part, à reprendre toutes les règles de la bienséance pour examiner si elles s'appliquaient encore à nos mœurs ;  et, d'autre part, à tenter de rassembler les pratiques qui m'ont semblé dignes de former le code de la civilité contemporaine. "

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Je distillerai donc de temps en temps un chapitre de ce merveilleux livre qui fait rire à chaque ligne par la désuétude de ce qui y est raconté et la drôlerie de son style d'écriture... à suivre...

Posté par orboc à 23:20 - a MADame HORace De CARBuCcia - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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